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BERTRAND Sylvain

Coësmes

Nous habitons à Coësmes depuis presque 3 ans. Dans un bout de campagne bordé de champs de colza qui rivalisent avec le soleil chaque printemps en déployant des jaunes lumineux bien tendus vers le ciel. Un bout de campagne et de vallons, perché un peu plus haut que les anciennes carrières d'ardoise.

Au bout d'une allée. Dans une maison de pierre qui servait autrefois d'étable ou d'écurie, je ne sais plus bien.

On menait notre petite vie bien tranquille avec nos projets, nos sorties, nos potes, nos familles.

Nous n'allions dans le bourg de Coësmes que pour acheter du pain à l'occasion. Ou pour aller à la bibliothèque et à la ludothèque.

Le bar a fermé ses portes il y a un peu plus de deux ans. Mais nous n'y avions jamais mis les pieds avant cela.

On s'est associé immédiatement à un groupe qui souhaitait rouvrir un bistrot à Coësmes. Pour redonner de la vie, créer du lien entre les habitants, les jeunes, les vieux, les presque jeunes, les enfants, les trentenaires, les quarantenaires, les cinquantenaires, les retraités, tout le monde.

Après avoir fait le tour des vieux bistrots de Bretagne, en avoir écrit un livre et avoir causé de l'importance du bistrot pour la vitalité des communes et des bourgs de campagne, appréciant m'asseoir dans les cafés bruyants ou calmes qui stimulent nos villes, je rêvais de participer à un projet comme celui-ci.

On s'est retrouvé à plusieurs reprises avec quelques grands rêveurs comme nous. On s'est constitué en collectif, puis en association et on s'est mis à travailler collectivement sur ce projet. À définir ses grandes lignes, à développer les services que nous voulions lui associer.

La même ritournelle des mercredis soir d'hiver. 20h30, les voitures se garent dans l'allée. Ça claque des bises à tout-va pour dire bonjour, ça prend des nouvelles, ça s'enthousiasme comme de grands enfants avec des vrais sourires de mômes contents. On débouche une bouteille de bière locale, la Sainte-Colombe, qu'est brassée à quelques enjambées d'ici. On fait chauffer l'eau pour les tisanes, on découvre la tarte aux pommes qui sort du four. On trinque à la réussite du projet et on démarre la réunion.

On a décidé, dès le départ, de fonctionner sur le modèle de la sociocratie. Pas de vote excluant. On fonctionne à l'unanimité. On discute, on propose, on écoute chacun et chacune. On décide ensemble.

Le projet s'est développé et construit progressivement comme ça.

Nous sommes le 8 mars 2018. Nous avons une réunion ce soir. Nous avons déjà obtenu le soutien de la municipalité, de la comcom, une subvention, nos dossiers commencent à avoir de l'allure, on se rode. On accueille même de nouveaux rêveurs et de nouvelles rêveuses dans le collectif.

On essaye d'associer le plus possible la population, par des questionnaires, des communiqués.

On veut que ce projet soit celui de tout un village, que chacun se sente bien dans ce bar, lorsqu'il ouvrira ses portes, que tout le monde y trouve un coin qui lui convient quel que soit son âge, sa taille, sa catégorie sociale ou sa boisson préféré.

Et pour que chacun s'y retrouve, pour que chacun découvre tout ce que ce projet recèle, je vous promets de vous écrire cette aventure. De partager ça avec vous, régulièrement, sous forme de petites chroniques.